Le mode d’action

 

du Mouvement

 

 

Le Mouvement du 10 novembre est un agitateur politique et culturel. Ce mouvement entend démoder le système en projetant un nouvel imaginaire de notre société, un imaginaire convivial et écologiste.

Ce document a pour objet la stratégie d’action du mouvement. Il est composé de principes d’action et des trois leviers stratégiques du mouvement.

I. Les principes d’action du Mouvement du 10 novembre

1. Un mouvement politique avec une approche radicale

La politique, ce n’est pas une bataille pour le pouvoir, la politique, ce ne sont pas des bilans et du chiffre ou une liste de mesurettes et de réformes. La politique, c’est l’organisation de la société, c’est la façon dont on vit collectivement et, en cela, nous affirmons que tout est politique : ce que nous mangeons, les vêtements que nous portons, les logements que nous occupons, l’eau que nous buvons, les activités que nous faisons, les organisations dont nous sommes membres, etc.

C’est pourquoi le Mouvement du 10 novembre est un mouvement politique. Nous entendons observer et analyser la société en adoptant une approche radicale, une approche qui remette en question des racines mêmes de notre système.

Faire de la politique aujourd’hui ne signifie pas participer aux élections. Si nous n’excluons pas de participer aux élections, notre action ne saurait s’y résumer.

2. Un mouvement culturel

Nous sommes convaincus que la façon la plus efficiente et pertinente d’oeuvrer à la construction d’un nouveau système, alternatif au système capitaliste, est d’insuffler un changement, voire une révolution culturelle. Et pour ce faire, nous entendons à la fois construire et diffuser un nouvel imaginaire et contribuer aux alternatives concrètes qui donnent à voir d’autres voies possibles.

Car en effet, le capitalisme n’est pas seulement un système économique, c’est un modèle de société, une culture hégémonique. Et c’est à travers une bataille culturelle que nous pouvons détruire ce système ou du moins, lui faire perdre son statut hégémonique.

Nous sommes convaincus que ce n’est pas en luttant contre lui que nous nous affranchirons du système, mais en créant un nouveau système en son sein afin de démoder le système dominant. Nous nous définissons alors comme des transistants, à la fois des résistants aux dérives actuelles, mais aussi et surtout des agents de la transition.

Nous sommes convaincus que ce sont les idées qui mènent le monde. Or les idées qui mènent le monde aujourd’hui le mène à sa perte. Nous souhaitons alors contribuer à ce que d’autres idées mènent le monde, en cultivant, en faisant pousser une culture alternative.

Nous souhaitons cultiver une culture vivante et alternative, et nous cultiver nous-mêmes. Nous cultiver pour nous sentir plus libre et actrice ou acteur du monde. Nous cultiver signifie aussi cultiver un rapport authentique au monde, à soi et aux autres, un rapport qui se détache des désirs qui nous viennent de la société de consommation.  

Nous voulons êtes des agitatrices et agitateurs culturel.le.s qui stimulent notre société, qui lui donnent à réfléchir et qui apportent des idées, des perspectives nouvelles.

3. La philosophie de notre action

Nous entendons incarner nos idées, incarner les alternatives que nous portons et que nous voudrions voir s’étendre. Nous sommes convaincus que la façon dont nous choisissons de faire de la politique est éminemment politique.

De plus, nous considérons que nous ne sommes pas des individus responsables de notre personne seule, mais des êtres humains qui comportent en eux l’humanité. Par conséquent, les choix que nous faisons ne peuvent engager que nous, mais nous tous. Lorsque je me soumets à l’exploitation, à l’esclavagisme ou autre atrocité, je ne suis pas seul.e à me soumettre, je soumets une part entière de l’humanité.

Nous nous reconnaissons dans la belle citation d’Albert Camus, “Je me révolte, donc nous sommes”.

II. Trois leviers

Le Mouvement du 10 novembre entend agir en suivant les principes énoncés ci-dessus et à travers trois leviers : l’animation d’un laboratoire d’idées, l’ouverture et l’animation d’espaces de (re)politisation, et le tissage de synergies avec les actrices et acteurs du territoire sur lequel nous agissons.

1. Animer un laboratoire d’idées

Être un agitateur politique, c’est former et diffuser des idées nouvelles et radicales, et c’est surtout les expérimenter. Notre laboratoire d’idées est ainsi à la fois dans la réflexion et dans l’action, car les deux sont pour nous intimement liées.

Notre laboratoire s’efforce de comprendre au mieux notre société et son fonctionnement, afin de pouvoir agir. Nous nous interrogeons également sur les initiatives innovantes, ces alternatives qui émergent partout dans le monde et sur leur sens, leurs implications sur le plan politique. Qu’est-ce que cela impliquerait de généraliser telle ou telle expérience locale ? Quel est le modèle de société sous-tendu par telle ou telle initiative ?

Par ailleurs, nous souhaitons développer et contribuer au développement d’initiatives concrètes et mener des expérimentations politiques. Car nous sommes convaincu.e.s qu’il ne faut pas attendre de contrôler les institutions pour utiliser le pouvoir que nous détenons déjà.

Nous entendons ainsi penser le monde pour mieux agir dessus et avoir un impact ici et maintenant.

2. Ouvrir et animer des espaces de politisation

Nous voulons remettre du débat partout où c’est possible. Débattre de ce qui nous semble évident, parler de nouveau de la société et de la forme que nous souhaiterions qu’elle prenne. Imaginer, réinventer demain et à le faire en s’amusant.

Nous sommes affligé.e.s de l’absence de débat sur la plupart des sujets qui nous concernent directement et sur lesquels nous ne sommes jamais consultés. Nous refusons la position de spectatrices et spectateurs dans laquelle nous sommes mis.e.s. Nous voulons nous ré-approprier, reprendre en main nos vies collectives et individuelles en nous donnant les armes intellectuelles de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et nous sommes convaincus que c’est à travers la discussion que cela commence.

Nous sommes également persuadés que la parole politique est émancipatrice. En confrontant nos points de vue, en donnant du sens à ce que nous faisons, à la façon dont nous menons nos vies, nous donnons une autre dimension à notre existence. Ce sont ces espaces de discussion qui permettent de donner du sens à nos vies tant individuelles que collectives. Nous prenons plaisir à refaire le monde, nous nous sentons grandis à mesure que notre compréhension des choses s’accroît. Mais surtout, nous répondons au vide que nous ressentons, à l’absence d’aventures collectives.

Nous construisons des espaces où chacun.e peut s’exprimer. Cela implique de mettre en place des règles, un cadre auto-régulé pour faciliter les échanges et encourager la prise de parole. Ces espaces sont conviviaux. Ils sont des moments joyeux, où la compréhension de chacun permet une discussion vivante et fructueuse.

Nous pensons également que c’est en débattant de ce que nous voulons pour demain que nous créons du commun, que nous (re)devenons une communauté. C’est en partageant nos préoccupations, nos idées, nos rêves collectifs que nous formons communauté, diverse, mais unie et respectueuse de ses membres.

3. Tisser des liens

Nous sommes un mouvement de facilitateurs, qui essaient de faciliter le dialogue et la synergie avec d’autres penseurs, d’autres acteurs de terrain, d’autres mouvements.

À chaque fois que cela est possible, nous souhaitons agir avec celles et ceux qui agissent déjà au sein de collectifs, d’associations, de mouvements ou d’entreprises, penser et débattre avec celles et ceux qui pensent le système et l’inventent. Nous sommes un mouvement ouvert sur l’extérieur, inclusif et hétéroclite.

 

 

 

Pour aller plus loin

Auteur : Clément Barailla

Bibliographie, citations et références :

Sont cités directement notamment dans la partie « l’écologie », Ivan Illich, dans son livre d’entretien avec David Cayley, La corruption du meilleur engendre le pire, et dans la partie « l’émancipation » André Gorz, Écologica, qui sont aussi mobilisés indirectement pour d’autres ouvrages, notamment Une société sans école, La convivialité pour Illich et Misères du présent pour Gorz.

Sont cités indirectement notamment Karl Marx, principalement les livres 1 et 3 du Capital et Introduction à la critique de l’économie politique ; Jacques Ellul, La parole humiliée ; Guy Debord, La société du spectacle ; Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale ; Robert Kurz, Le capital-monde et Krisis, Manifeste contre le travail ; Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise, La société autophage ; Murray Bookchin, Notre environnement synthétique ; Pierre Dardot et Christian Laval, Commun ; Normand Baillargeon, L’ordre moins le pouvoir, Mark Hunyadi, La tyrannie des modes de vie.